La Respiration Consciente Connectée, qu’est-ce que c’est ?

C’est durant ma première retraite d’Ayahuasca, il a quelques années, que j’ai découvert la technique nommée “Respiration Consciente Connectée” ou “Conscious Connected Breathwork” en Anglais.

Une retraite d’Ayahuasca, c’est un événement résidentiel qui s’étale sur plusieurs jours, durant lequel on part à la rencontre de son inconscient et de ses traumas dans l’optique de les amener à la surface et de les intégrer ou de les guérir.
Ce genre de retraite est souvent composé de différentes activités visant à préparer la personne à sa rencontre avec l’Ayahuasca, breuvage traditionnel amazonien composé de plantes sacrées, hautement psychédélique, qui amène une personne à faire face à ses ombres et à ses traumatismes non résolus.

Après différents ateliers visant à nous reconnecter à notre corps et à nous sortir de notre mental, les organisateurs nous annoncent que nous allons maintenant découvrir une technique qui permet de faire un nettoyage émotionnel profond, avant d’aller plus loin.
On nous explique que nous allons respirer de façon accélérée durant environ une heure sur un fond musical, que l’on va ressentir différentes sensations dans notre corps et qu’après quelques minutes, nous allons atteindre un état de transe qui va mener à une libération émotionnelle.
Des accompagnateurs, appelés “facilitateurs”, vont circuler dans la salle pendant l’exercice et nous accompagner dans le processus. Malgré les explications, la plupart des participants échangent des regards perplexes et parfois incrédules. Difficile d’imaginer à quoi cela va ressembler.

Honnêtement, à cet instant, je suis modérément enthousiaste à l’idée de participer à cet atelier : la perspective de respirer de façon accélérée pendant une longue période de temps me semble tout sauf glamour. Et en plus, probablement vraiment ennuyeux. Respirer. Bon sang mais je fais ça tous les jours ! Néanmoins, c’est un prérequis pour pouvoir accéder à la plante sacrée et j’essaie d’être ouvert à toute nouvelle découverte… donc je prends la décision, tant qu’à faire, d’y aller à fond et de voir ce que ça peut donner. Au fur et à mesure des explications des facilitateurs, je réalise que finalement, ça ne va pas être si banal que cela.

Après une bonne demi-heure de consignes et de recommandations, nous nous allongeons sur les matelas disposés un peu partout dans la pièce, la musique démarre et nous commençons à respirer plus rapidement, selon les indications des facilitateurs.
Et là… bam ! Environ cinquante minutes plus tard, je sors d’une sorte de transe, couvert de sueur, le visage en larmes et je me sens… profondément bien ! A l’époque, je suis aux prises avec une dépression qui dure depuis un bon moment et ça fait vraiment longtemps que je ne me suis pas senti comme cela. Une question pressante martèle mon esprit :

Bon sang, mais qu’est-ce qui vient de se passer ?!

Certes, j’ai bien quelques souvenirs d’avoir crié, de m’être débattu sur mon matelas, d’avoir ressenti une série de sensations physiques particulières mais ma perception du temps et de ma conscience ont été, durant un moment, complètement altérés.
Dans le genre sérieusement psychédélique. Un profond bien-être irradie chacune de mes cellules. Je me sens léger, l’esprit clair et vraiment centré. 

Ma curiosité est piquée ! Ni une ni deux, je me mets à lire tout ce que je peux trouver sur le sujet. Et quel vaste sujet, s’il en est !
Très rapidement, je réalise que le lien entre respiration, conscience et émotions est connu de longue date. De très longue date, en fait, car les textes fondateurs du yoga, qui remontent à plus de 3500 ans, le mentionnent déjà. Un pan entier du yoga traite de ce thème : le Prāṇayāma ou l’art de la respiration. C’est un domaine extrêmement vaste qui dépasse de loin le cadre de cet article donc je ne vais pas m’y étendre. Cependant, pour les initiés, les techniques que je décris ici sont fort proches de la “Respiration de Feu” (Bhastrika).

Qu’est-ce que ça peut m’apporter ?

Néanmoins, ici, le but est différent et vise, au travers de sessions d’une durée assez longue,  à intégrer et se libérer de ses pensées et émotions refoulées, à se relaxer en profondeur et à se reconnecter à qui on est, tout au fond de nous. C’est une technique de développement personnel à part entière : au fur et à mesure des sessions, on se sent de plus en plus authentique, guidé et calme intérieurement.

Certes, il y a un certain effort à fournir durant la session, particulièrement les quelques premières minutes, pour se “lancer”, après quoi le corps prends le relai au travers d’une sorte de transe.
Mais selon moi, les bénéfices compensent largement cet effort :

Au niveau du corps
  • Reconnexion avec le plaisir de respirer de façon abdominale, profonde et complète.
    Ce type de respiration favorise la détente musculaire et la relaxation, ce qui, à son tour, améliore de nombreuses fonctions de l’organisme (digestion, immunité, sexualité, etc.)
  • Plus d’aisance respiratoire. C’est particulièrement flagrant chez les personnes souffrant d’asthme ou d’allergie sévère car la confiance dans leur souffle est progressivement restaurée
  • Peut représenter un grand soutien lors d’une décision d’arrêter de fumer, en focalisant régulièrement la personne sur le plaisir de respirer
  • Augmentation de la vitalité, du tonus, de l’énergie disponible
  • Diminution des tensions musculaires dues au stress
  • Amélioration de la qualité du sommeil
Au niveau de l’esprit
  • L’intégration des émotions refoulées procure une grande sérénité, un calme et une confiance accrue en la vie
  • Libération de blocages émotionnels : capacités à aborder certaines situations auxquelles on se refusait de faire face auparavant, ouverture au pardon, amélioration voire guérison des états dépressifs
  • Meilleure gestion du stress ainsi que sa diminution, de façon générale
  • Nette amélioration de l’acceptation et de la confiance en soi ainsi que de la capacité à s’affirmer au quotidien
  • Regain de joie, d’enthousiasme et d’optimisme
  • Amélioration de la créativité
Par rapport au développement personnel et spirituel
  • Amène des prises de conscience progressives, au fur et à mesure des sessions
  • Amélioration de l’intuition
  • Reconnexion à la spiritualité : de nombreuses personnes vivent des expériences profondes, transformatrices voire spirituelles
  • Épanouissement général de la personne, sur de nombreux plans
  • Amélioration des relations avec les autres, de la compréhension et de la compassion
  • Développe un profond sentiment d’appartenance, de connexion interpersonnelle. L’atmosphère, dans un nouveau groupe, est totalement différente juste après avoir respiré quelques minutes ensemble

Un peu d’histoire

Dans les années 60, Leonard Orr met au point la technique de respiration mondialement connue nommée Rebirth dont les objectifs sont similaires. Le Rebirth porte une attention toute particulière sur la libération des traumas entourant la naissance mais ne se limite pas à cela, intégrant la dimension psycho-spirituelle et rejoignant, en cela, les autres techniques de respiration.

Quelques années plus tard, dans les années 70, le psychiatre tchèque Stanislav Grof obtient des résultats incroyables dans ses thérapies avec le LSD et d’autres psychédéliques. Lorsque ces substances sont déclarées “Schedule 1”, soit hautement illégales, par l’administration américaine et sa “guerre contre la drogue”, il se met à la recherche d’autres méthodes permettant d’atteindre des états de conscience modifiés sans composés chimiques et parvient à élaborer une méthode fiable, assez proche du Rebirth, qu’il nomme Respiration Holotropique®.

Cette technique lui a permis d’aider de nombreuses personnes à dépasser voire transcender des traumas de natures diverses, guérir de leur dépression ou poser un regard neuf sur leur vie. La Respiration Holotropique® est devenue, au fil du temps, une méthode thérapeutique complète et à part entière proposant un cursus qui s’étale sur plusieurs années. Elle est extrêmement puissante et toutes mes connaissances ayant participé directement à des séminaires m’en ont dit le plus grand bien. Cependant, la durée d’une séance tourne aux alentours de 3h30, la rendant peu pratique à intégrer dans un programme d’activités plus vastes ou même à pratiquer en soirée, étant donné les consignes préalables et le débriefing qui suivent. 

Sur base de ces travaux, de nombreux enthousiastes se sont mis à investiguer d’autres approches possible de la respiration et l’une d’entre elles est la Respiration Consciente Connectée. Cette technique est plus libre, moins codifiée, et de ce fait, les facilitateurs l’appliquent selon diverses variantes. Néanmoins, elle reprend les mêmes ingrédients : une respiration profonde, abdominale et connectée, c’est à dire sans pause entre l’inspiration et l’expiration.
Allongé sur un matelas, la respiration vous emmène progressivement dans un état de transe profond où votre inconscient prend le relai et amène à la surface ce que vous êtes prêt à intégrer / libérer. C’est un processus vraiment étrange les premières fois, mais profondément satisfaisant et efficace.

De nature curieuse, j’ai essayé chacune des méthodes et je leur ai trouvé beaucoup de similarités. En fait, d’une personne à l’autre, l’une d’entre elles conviendra mieux qu’une autre en terme d’intensité de respiration, de liberté ou de profondeur de la transe. Dans tous les cas, la pratique est extrêmement puissante et les résultats immédiats.

Vous êtes aux commandes !

Pourquoi ce terme, “facilitateur”, pour parler de la personne qui dirige la session ? Dans un atelier de respiration, il n’y a pas de thérapeute. Le rôle principal de la personne qui guide l’atelier n’est pas de résoudre votre problème ou de vous mener à la guérison mais plutôt de “faciliter votre respiration”, c’est à dire s’assurer que vous maintenez le type de respiration adéquat ainsi qu’un rythme suffisant tout au long de l’atelier. Le reste, c’est votre subconscient et votre corps qui vont s’en charger. Certes, la musique jouée ainsi qu’une série d’interventions subtiles vont permettre d’aiguiller, de raffiner ou de fluidifier le processus mais le gros du travail est guidé par votre psyché.

Personnellement, le fait d’être acteur et d’avoir le contrôle sur ce processus est une des grandes raisons pour lesquelles je suis tombé sous le charme de cette technique.
Selon moi, cette “indépendance” vis à vis d’un thérapeute est un avantage pour plusieurs raisons :

  • votre subconscient n’amène à la surface que ce à quoi vous êtes en mesure de faire face sur le moment
  • vous pouvez accélérer ou ralentir le processus vous-même, avec l’intensité de votre souffle, ce qui vous donne un grand contrôle
  • à tout moment, il est possible d’interrompre l’expérience, de ralentir votre respiration et de revenir, en quelques minutes, à un état de conscience normal. Vous êtes maître de votre souffle
  • il existe différentes variantes et intensités de la respiration, pour alterner entre un plongeon profond dans votre subconscient et une petite brasse tranquille, selon l’humeur, les besoins et votre degré de confiance
  • la technique est facile à apprendre et, après quelques sessions, vous pouvez pratiquer seul à la maison, vous rendant autonome dans votre travail / exploration

Il existe d’ailleurs plusieurs programmes en ligne qui proposent de faire périodiquement des respirations guidées directement depuis chez vous.En anglais – voir liens en fin d’article

Mais… est-ce adapté à tout le monde ?

On me demande souvent si la Respiration Connectée convient à tout le monde.

D’un point de vue physique, la règle préconisée, c’est d’être apte à faire une marche rapide d’une demie heure : il est donc déconseillé de participer si vous avez des problèmes cardiaques ou une hypertension extrême (les cas légers ne posent pas de problème). Par ailleurs, si vous avez une blessure sérieuse quelque part, il est nécessaire d’en informer le facilitateur afin qu’il y prête une attention particulière lors d’éventuelles interventions. 

Tout comme pour la course à pied, il ne faut pas pratiquer lorsque vous êtes malade, même légèrement : cela rend l’exercice extrêmement déplaisant et, dans certains cas, empire l’état fébrile. C’est quelque chose que j’ai personnellement expérimenté une ou deux fois… Et c’est bien désagréable !

Il est également déconseillé de pratiquer des sessions de respiration trop intenses si vous êtes enceinte. La respiration peut être une merveilleuse technique pour préparer l’accouchement et atteindre des états de conscience et de relaxation plus profonds mais il est recommandé de faire cela en sessions individuelles avec une personne spécifiquement formée.

D’un point de vue mental, il est déconseillé de pratiquer si vous êtes atteint de psychose ou d’une maladie mentale. Néanmoins, ces techniques peuvent être d’une grande aide en cas de dépression ou de burnout. Dans mon cas, elles m’ont apporté un bien-être que je n’avais plus éprouvé depuis bien longtemps et m’ont fortement aidé à m’en sortir.

En quoi est-ce différent d’une crise d’hyperventilation ?

Certaines personnes ayant fait de l’hyperventilation par le passé ou assisté à des crises d’autres personnes sont, tout naturellement, inquiètes à l’idée d’essayer ce genre de technique.

Une crise d’hyperventilation survient, en général, lorsqu’une personne ressent une émotion extrêmement forte ou vit un événement auquel elle n’est pas en mesure de faire face, sur le moment. Le corps se met spontanément à prendre de très grandes inspirations, parfois saccadées, avec des expirations très courtes. Rapidement, les niveaux d’oxygène et de dioxyde de carbone changent dans le sang et cela génère une série de symptômes physiques s’apparentant au malaise et pouvant mener à un évanouissement ou une chute.

La crise est souvent impressionnante car la personne perd le contrôle, ce qui augmente son état de panique, et attire souvent une attention qui ajoute au stress déjà présent, créant un cercle vicieux. Elle est souvent, aussi, traumatisante car il s’agit non seulement d’une perte de contrôle de son propre corps, qui s’emballe, mais c’est aussi la possibilité que ce genre de crise survienne à tout moment, parfois avec des témoins dont on se serait bien passé. Cela crée ainsi un cercle vicieux qui entretient l’anxiété et augmente la fréquence des crises.

La médecine moderne fournit peu d’explications par rapport aux causes du phénomène, excepté de les relier au stress. Son but sera de ramener l’individu à un état physiologique normal, sans obligatoirement explorer les causes émotionnelles sous-jacentes.
Les mesures prises viseront donc à faire cesser les symptômes soit via prise d’anxiolytiques, soit simplement en faisant respirer la personne dans un sac pour augmenter le taux de CO2.

Dans les milieux alternatifs, une autre explication est proposée : une crise d’hyperventilation est une tentative du corps pour initier, de façon automatique, le processus que l’on met en place consciemment durant une session de respiration : c’est à dire une augmentation de l’énergie et de l’oxygène dans le corps afin de permettre aux émotions refoulées de parvenir à la surface. Cependant, une session de respiration est fort différente d’une “crise” et ce pour plusieurs raisons:

  • la respiration se fait en position allongée, dans un environnement qui permet de se relaxer, à l’abri des regards (qui amplifient l’aspect inquiétant / anormal de l’hyperventilation)
  • elle est initiée consciemment, ce qui donne un bien plus grand contrôle sur son déroulement
  • une place suffisante est laissée au processus afin qu’il puisse se dérouler intégralement et parvenir à son terme
  • de la musique couvre les bruits de respiration, rendant l’expérience moins “anormale”
  • dans ces conditions, il n’y a aucun risque de chute ni de traumatisme physique, qui sont, finalement, les principaux risques liés à l’hyperventilation

Avoir vécu une ou plusieurs crises d’hyperventilation ne vous met pas en danger dans la pratique de la respiration connectée. Au contraire, les personnes ayant préalablement hyperventilé et essayé par la suite une technique de respiration intensive sont, pour la plupart, parvenues à apprivoiser la crainte qu’elles avaient et à éliminer ces crises de leur vie.
De plus, la pratique de la cette respiration intensive habitue le corps à un surplus d’oxygène et donc, de ce fait, diminue ou élimine complètement les symptômes potentiels pouvant survenir lors d’une crise.

Parlez-en aux facilitateurs au préalable, afin qu’ils puissent vous rassurer et vous guider pas à pas.

Intéressé(e) ? En Septembre 2020, Okoa démarre des séances de Respiration Consciente Connectée, en groupe, sur Liège.
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Sources et liens intéressants :

Rebirth
Respiration Holotropique®
Divers

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